Le chrétien et le syndicalisme

Introduction

Depuis que les hommes existent sur la terre, ils ont appri non seulement à travailler pour leur survie mais ils ont aussi le besoin de se défendre sur tous les plans y compris la défense contre les inégalités et les exploitations de tout genre. Ces luttes se sont effectuées sur la base de valeurs et pour le maintien de ces valeurs. Le syndicalisme s’inscrit dans cette gamme de lutte.

Notre problématique se résume donc à cette question, Quelle doit être l’attitude du chrétien vis-à-vis du syndicalisme ? Peut-il prendre part au mouvement syndical ? Si oui dans quelle mesure ?
Notre approche sera diachronique et synchronique selon le plan suivant. Le premier point portera sur la notion des travailleurs, le 2e sur le syndicalisme, le 3e la typologie du syndicalisme, le 4e sur l’historique du Ie Mai et le 5e sur le syndicalisme chrétien et le6e traitera du syndicalisme au pays des hommes intègres. Puis nous terminerons par des remarques conclusives.


I - Le travail

On ne peut parler du syndicalisme sans une esquisse de la notion du travail.

Définition et historique du concept
Travail en français,
Arbeit en allemand,
Work, job, ou labo(u) r en anglais,
Lavoro en italien
Werk en néerlandais
Trabajo en espagnol
Ergon en grec…
Signifie étymologique « tourment », « souffrance », « instrument de torture. ». L’exemple qui rappelle cette notion est l’expression « Une femme en travail ». Le terme est employé dans des contextes différents et peut prendre plusieurs significations.
-Travail comme occupation rémunérée c'est-à-dire un emploi (avoir du travail)
-Le travail comme facteur de production, (en économie)
-La valeur du travail, (concept politique et économique)
-Le droit du travail (approche juridique de la relation entre un salarié et un employeur)

1.1 Antiquité
Travail et oisiveté
Pour les grecs le travail physique était méprisable. Un citoyen ne faisait aucune œuvre servile. Travail rime avec esclavage. Dans la République (VI, 54) Platon dit «C’est le propre d’un homme bien né que de mépriser le travail », Aristote lui avance que « le privilège de l’homme libre n’est pas la liberté, mais l’oisiveté, qui a pour corollaire obligatoire le travail forcé des autres, c’est à dire les esclaves » (Politique II, 6, 2)

1.2 Les écritures
Travail, oisiveté
C’est dans cet environnement que l’Eglise primitive autour de la Méditerranée a reçu l’Evangile de Christ contenu dans les écritures.
Gén. 2 :15 situe le travail dans la période prélapsienne c'est-à-dire avant la chute « L’Eternel prit l’homme et le mit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder ». La chute a eu pour effet de rendre le travail pénible « La terre sera maudite à cause de toi…tu en tireras la nourriture avec peine tous les jours de ta vie ». Et pourtant l’homme doit répondre au mandat divin « tu travailleras six jours et tu feras toute ton œuvre ».Dieu est un Dieu de travail, L’oisiveté n’est donc pas une qualité. Ps 121 :4 « Il ne somnole ni ne dort, le gardien d’Israël ». Jésus lui-même a positivement apprécié le travail. « Mon Père travaille jusqu’à présent et moi aussi je travaille ». Il était charpentier.

Paul était un faiseur de tentes. C’est donc sans surprise qu’il dira dans I Thess. 4 :11-12, et II Tim. 3 :10 « Nous vous prions frères … de mettre votre honneur… à travailler de vos mains » et « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Le travail est donc voulu de Dieu. La Bible ne connaît pas la dichotomie grecque matière /forme qui a débouché sur travail noble/ travail vil. Pour les égyptiens, les chinois et les grecs, li y avait deux espèces de bipèdes verticaux : eux et les barbares qui n’étaient pas vraiment ni complètement homme.

1.3 De l’Eglise primitive au XVIe siècle.
Travail, oisiveté
Schummer (Revue Reformée, Mars 2006, tome LVII) dit que l’église a plutôt suivi la Bible et rompu avec la conception ambiante du travail (Rome aussi par exemple avait adopté le concept grec du travail). La règle bénédictine (chap. 48) dit « l’oisiveté est l’ennemie de l’âme ; les frères doivent consacrer certaines heures au travail des mains et d’autres à la lecture des choses divines ». Au Moyen Age le servage avait remplacé l’esclavage. Le modèle de St François a malheureusement débouché sur ce qu’on a appelé l’otium complativium ou la « pauvreté choisie » comme style de vie méritoire et une marque de piété.

1.4 Les réformateurs.
A - Travail et oisiveté chez Luther.
Schummer citant Strohl remarque que l’église médiévale avait considéré la mendicité comme une école d’humilité et l’aumône comme un mérite et un moyen de gagner le salut. Dame pauvreté avait été l’épouse de St François et la pauvreté volontaire était la gloire des ordres mendiants.
Luther travaillera à supprimer cette théologie de la mendicité pieuse. Pour lui pas de mendicité, pas de moines mendiants.
Travail : on plait à Dieu non pas par ascétisme des moines fuyant le monde mais en remplissant son devoir dans la profession où Dieu nous a placé.
Weber a développé les thèses de Luther sur le travail (Ethique protestante/ capitalisme) ; c’est-à-dire la notion du Beruf, le travail qui est vocation, devoir imposé. C’est une vocation, c’est un culte rendu à Dieu.

B - Travail et oisiveté chez Martin Bucer

Partant d’une loi « De l’éducation civile de la jeunesse et de chasser oisiveté », il dit « nul ne soit oiseux mangeant le labeur des autres… les fainéants doivent être exclus de la communion de l’église car il est impossible que les hommes soient sans rien faire. L’oisiveté est la mère et la racine de tous les maux, elle doit être combattue même parmi les étudiants.

C - Travail et oisiveté chez Calvin
André Biéler dans La Pensée Economique et Sociale de Calvin fait l’analyse suivante.
- Cal vin a conféré à l’économie une valeur religieuse. Le travail relève de l’ordre naturel. Dieu bénit celui qui respecte cet ordre. Sur II Thess3 :10 il dit « la bénédiction de Dieu est sur les mains qui travaillent, la paresse et l’oisiveté sont maudites par Dieu ».Au sujet du verset de… Qui dit « Si quelqu’un ne travaille pas qu’il ne mange pas non plus », Calvin dira « les diverses espèces de travailler, car quiconque aide et porte profit par son industrie à la société des hommes soit en gouvernant sa famille, soit en administrant les affaires publiques et privées, soit en conseillant, enseignant les autres ou par quelque autre moyen…celui-ci ne peut pas être nombré parmi les oisifs » Calvin a rendu au travail sa dignité. Travailler c’est adorer Dieu.
- Commentaire sur Jn.9 :4 « quand nous voyons que bien peu de temps de vie nous est donné ayons honte de demeurer oisifs »
Dieu est le Ie et le plus grand travailleur. Tout travail est vocation. Pas de distinction entre le travail profane et religieux, l’église et le bureau. Le moyen Age avait exalté la polyvalence, Calvin met l’accent sur la spécialisation. Le chômage est un fléau, le travail un droit, en priver quelqu’un est un meurtre.
De son commentaire sur II Thess 3 :12 il dégage deux lois sur l’équité. « La première loi de l’équité et de droiture est que nul n’usurpe le bien d’autrui : mais seulement qu’il use de ce qu’il peut appeler sien justement et à bon droit. La seconde, que nul comme un gouffre n’engloutisse tout seul ce qu’il a : mais qu’il en élargisse à ses prochains, et qu’il soulage leur indigence par son abondance ».
Le chrétien doit être le meilleur dans ce qu’il fait, afin de plaire à Dieu.
Le salaire à accorder au travailleur est l’expression tangible du salaire gratuit dont Dieu alloue l’œuvre de chacun. Le salaire renvoie à l’œuvre de Dieu. Le salaire est sacré, personne ne peut disposer du salaire de l’autre : ça lui appartient pas
Cependant pour Calvin, et c’est ce que Weber essaie de prouver, les revenus du travail sont réservés à assister ceux qui sans être en faute sont dans le besoin. C’est l’accumulation pour réinvestir pour la gloire de Dieu.

D - Théologie du travail plus le sacerdoce universel: un tremplin pour le développement socio-économique
La prêtrise de tous les croyants ou le sacerdoce universel a eu pour effet de briser le socle de la hiérarchie catholique ou le césaro-papisme. Alain Peyrefitte (catholique ancien membre de l’académie française) fait l’éloge de la reforme en ces termes : la reforme
- a rendu à l’individu toute sa responsabilité. Dans le système césaro-papiste, l’individu est passif, c’est le cas des sociétés dominées par le système catholique. Pour les protestants l’individu est responsabilisé. Pascal Baudry dira par exemple que la société française est essentialiste : on est évalué pour ce qu’on est et non pour ce qu’on fait, ce qui est critiqué c’est la personne et non l’action. Il faut appartenir pour être.
- La société reformée est une société de confiance. Le reformé dit-il élimine peu à peu l’autorité césarienne, libère l’énergie émancipatrice : c’est le polycentrisme au lieu du monocentrisme. Cette situation a conduit à « une économie exaltée. »
D’une manière générale l’Eglise à travers les âges toutes confessions confondues a toujours compris que sa mission était d’aider les pauvres. Les universités, les hôpitaux sont nés dans des couvents et des monastères. Pour ce qui nous concerne, à partir de la reforme, la notion du travail et la prêtrise de tous les croyants ont insufflés un zèle nouveau pour plus d’engagement dans le travail.


II - Le syndicalisme

Définition : le mot syndicalisme vient de syndicat qui lui-même tire son origine du mot grec sundikos qui signifie celui qui assiste quelqu’un en justice. Ils disaient syndicus pour celui que les latins appelaient advocatus et en français avocat, celui qui accompagne en justice. Le syndicalisme est donc un mouvement qui vise à unifier les travailleurs dans des organisations(les syndicats).Le syndicat est un groupe d’individus du même métier ou de la même profession qui en se regroupant, se donne pour objet l’étude, la représentation et la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs (hausse de salaire, meilleures conditions de travail, temps de travail, licenciement…)
On peut mentionner aussi le syndicat professionnel qui lui est une organisation patronale.

2.1 Historique et évolution du syndicalisme.
On ne peut pas parler de mouvement ouvrier avant la révolution industrielle ; Cela ne veut cependant pas dire qu’il n’y avait pas, auparavant, de travailleurs organisés. Mais c’était plus des corporations que de syndicats dans sa forme actuelle.
Quatre facteurs ont contribué à l’émergence du syndicalisme.

2-1-1 la concentration industrielle et géographique. C’est l’essor d’une vaste classe industrielle. Dans les années 1880 il ya eu concentration des industries donc concentration de la population active aussi.

2-1-2 La condition ouvrière. Mêmes si les progrès profitent à la société dans son ensemble, la condition de vie de la classe ouvrière n’est guère enviable, et c’est là une des premières revendications des syndicats. Avant de changer la société, les ouvriers veulent vivre mieux. Le pouvoir d’achat est dérisoire.

2-1-3 Evolution des politiques gouvernementales européennes.
En Europe on sort peu à peu de la monarchie pour tendre vers la démocratie et cela va permettre la libre expression des travailleurs. Au Royaume Uni, le droit de grève est accordé depuis 1824.

2-1-4 Courants idéologiques et évolution des mentalités. 3 courants sont à souligner : Le socialisme, le marxisme et l’anarchisme
-Le socialisme et marxisme. Au XIX siècle des voix socialistes s’élèvent contre l’injustice de la société capitaliste et les inégalités sociales. Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1920-1895) donnent de la voix à la critique sociale. Pour Karl Marx la dialectique de la lutte des classes dans le système capitaliste débouchera sur une révolution qui donnera le pouvoir au prolétariat. C’est l’avènement du communisme. Les véhicules politiques du socialisme seront : le parti ouvrier français fondé en 1879, le parti ouvrier social- démocrate allemand crée en 1869 et la Société Fabienne, organisation britannique qui prônera un socialisme modéré non marxiste à partir de 1884
-L’anarchisme. Il s’est développé après 1850 en Russie, en France, en Italie et en Espagne. L’anarchisme refuse le capitalisme mais aussi la dictature du prolétariat. C’est un rejet global de tout ce qui limite la liberté de l’individu. Les anarchistes veulent une société formée d’une fédération de petits groupes autonomes, solidaires au sein desquels les richesses sont reparties en fonction des besoins de chacun. C’est le pendant du mouvement coopératif et mutualiste.


III - Typologie syndicale

Les différents mots utilisés dénotent les connotations.
Trade Union, au Royaume Uni signifie simplement union de métier
Syndicat, en France c’est le gouvernement au sein des travailleurs ayant un représentant- le syndic.
Gewerkschaft, en Allemagne c'est-à-dire, membre d’une profession et, à partir de 1868, organisation d’ouvriers industriels.
Deux grands groupes se dégagent de nos jours :
- Un syndicalisme de revendication et de contrôle qui accepte la société capitaliste mais veut en obtenir le maximum d’avantages en la contrôlant ce sont les formes britanniques, scandinaves ou allemandes d’un syndicalisme réformiste politisé de façon modérée.
- Un syndicalisme de revendication et d’opposition révolutionnaire qui se définit comme un syndicalisme de lutte de classe, internationaliste, bâti sur un projet de changement de la société : sont de ce groupe, la forme anarchiste, communiste syndicaliste révolutionnaire.
Il faut aussi noter trois types de syndicalisme :
- Le type britannique Trade- unions et travaillisme. Dans ce pays la révolution industrielle est plus précoce, par conséquent avant même les années1880, li y avait un embryon de syndicalisme au pont que déjà en 1824 les ouvriers avaient obtenu certaines avancées sociales : la légalisation des trade-unions, le droit de grève, etc. 1834 est l’apogée du syndicalisme avec la fondation de la « Grande Union Nationale »500000 membres.
Le syndicalisme britannique est marqué par le socialisme et le Labour Party est pour une bonne part l’œuvre des syndicats.
- Le syndicalisme réformiste allemand. Il a fallu attendre les années 1860 pour obtenir le droit de syndicalisation et de grève. Le syndicalisme allemand a un lien direct avec la social- démocratie, sans s’y subordonner pour autant, privilégiant le dialogue et le consensus.
- Un syndicalisme imprégné de politique : le type français
Il est marqué par une idéologie et une philosophie révolutionnaire à l’exemple des syndicats italiens ou espagnols. Il est complexe et moins « monolitique » que ses voisins allemands et britanniques. Traversé en permanence par des courants idéologique multiples et contradictoires(le marxisme et l’anarchisme) il s’affiche ouvertement révolutionnaire.

IV - Historique du premier Mai

Pourquoi manifestons le 1e mai ? Pourquoi l’appelle-t-on « fête du travail » ? D’où vient cette date ?
Le Ie mai a été n jour de grève observée par les Knights of Labour aux U.S.A en 1886. Le but de la grève était l’obtention des 8 heures de travail par jour. Le mouvement du Ie fut très suivi en dépits des menaces et du patronat et des forces de l’ordre. N’ayant pas eu de réaction de la part des employeurs le syndicat décida de reconduire la grève pour le 3. C’est que les choses prirent une tournure qui restera marquée d’une ancre indélébile dans l’histoire. Alors que les manifestants pacifiquement se retiraient du meeting les forces de l’ordre chargèrent. Le bilan était de 6 morts coté manifestant. Le lendemain 4 Mai les organisateurs se retrouvèrent pour condamner la brutalité policière. Au cour de cette réunion quelqu’un lança une bombe en direction des policiers dont un fut tué. C’était une aubaine pour les adversaires. Plusieurs responsables syndicaux furent jugés et condamnés et 4 furent pendus. Voici donc l’origine de la célébration du Ie Mai, en souvenir de ce jour douloureux et de ce qui ont payé d leur vie le droit aux heures de travail


V - Le syndicalisme chrétien

Les chrétiens n’ont pas été en reste dans cet effort. L’origine de la préoccupation de l’Eglise pour les droits des travailleurs remonte à la notion de la charité, une des trois vertus théologales (foi, espérance, charité).
Si les pays anglo-saxons ont été à l’avant-garde des combats contre les maux de leur société générale et la lutte syndicale en particulier, leur effort est à mettre à l’actif du réveil sous Wesley en Angleterre et Finney aux Etats-Unis. Ces réveils ont changé les mentalités et imprimé de nouvelles valeurs.
Chez les catholiques le texte fondateur du syndicat chrétien se trouve dans l’Encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII de 1891 où il condamne la « misère pesant sur la classe ouvrière. »
Les principaux syndicats chrétiens sont :
Belgique : Confédération des syndicats chrétiens
Hollande : La C.N.V
Pologne : Solidarité en 1980
France : la C.F.T.C(1919) devenu en 1964 la C.F.D.T
Canada : Confédération des travailleurs catholiques devenus confédération des syndicats nationaux.
Les syndicats chrétiens disposent d’une organisation internationale devenue la « confédération mondiale du travail. » Cette dernière a fusionné en 2006 avec La Fédération Syndicale Mondiale (FSM) qui se voulait être l’héritière du syndicalisme révolutionnaire de la lutte des classes et la Confédération Internationale des syndicats libres (CISL) d’obédience libérale, pour créer une seule et unique organisation mondiale dénommée Confédération Syndicale Internationale (CSI ) dont le siège est à Bruxelles en Belgique.

VI - Le syndicalisme en Afrique

En Afrique on peut retenir que c’est par décret du 11 mars 1937 que le Front Populaire Français a autorisé l’existence des syndicats. Mais jusqu’en 1944 les travailleurs Africains étaient organisés et repartis dans les centrales françaises CGT. CGTFO CFTC elles-mêmes affiliées respectivement à la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), à la Confédération Internationale des syndicats libres (CISL) et à la Confédération Mondiale du Travail (CMT). Ce n’est qu’après 1944 qu’ils tenteront de se regrouper en une centrale unique révolutionnaire UGTAN (Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire). Mais ce cadre unitaire sera vite brisé pour des raisons politiques favorisant ainsi la naissance en juillet 1956 de la CATC (Confédération Africaine des Travailleurs Chrétiens).

VII - Le syndicalisme au pays des hommes intègres

Nous ne pourrons pas nous étendre là-dessus. Le temps nous manquerait pour couvrir une matière assez abondante. Soulignons simplement en passant que le syndicalisme au Burkina Faso a été très organisé depuis sa création. Il a provoqué la chute de deux gouvernements dans le passé : celui de feu Maurice Yaméogo et de son tombeur feu Sangoulé Lamizana.
Cependant sous les régimes révolutionnaires le syndicalisme a connu des passages à vide, le type de pouvoir ne pouvait pas s’accommoder d’un contre pouvoir fort tel que le syndicat .Depuis ce temps le syndicalisme tarde à trouver sa marque. Entre les syndicats « jaunes » ou de collaboration avec le pouvoir et le type révolutionnaire qui se donne pour objectif la conquête du pouvoir, le syndicalisme balance. Parmi les centrales syndicales qui ont marqué l’histoire du pays, mentionnons non d’une manière exhaustive, mais simplement à titre indicatif, L’OSL, La CSB, Le SYNEAV, La CNTB, La CGTB etc.


VIII - Contribution des syndicats aux luttes politiques

Dans notre pays, les premiers syndicats sont apparus en 1946 à Bobo Dioulasso en tant que carrefour commercial important en Afrique de l’Ouest. Dès leur naissance, les syndicats se sont toujours dressés contre non seulement les difficiles conditions de travail et la baisse du pouvoir d’achat mais aussi contre la confiscation des libertés sous toutes ses formes. Deux axes principaux guidaient les luttes syndicales à savoir :

1. La lutte pour l’amélioration des conditions de vie et de travail. A ce titre, d’importants acquis ont été arrachés ; on peut citer par exemple l’élaboration et la promulgation du code de travail le 15 Décembre 1952. Ce code reconnaissait :
- La priorité aux organisations de travailleurs les plus représentatives pour négocier les conventions collectives sans ingérence de l’état.
- L’institution des prestations familiales.
- La possibilité pour les travailleurs de présenter des candidats à la délégation du personnel et de mener librement leurs activités.

2. La lutte anti-coloniale. En effet conscient du caractère exploiteur et foncièrement oppresseur du système colonial, les syndicats africains vont lier leurs luttes corporatristes à la lutte politique contre le colonialisme aux côtés des forces politiques de l’époque notamment le RDA pour revendiquer l’indépendance de nos territoires et créer des Etats indépendants distincts de l’Etat métropolitain colonial français. L’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire (UGETAN) se fera remarquer de façon particulière dans cette voie. La section voltaïque appellera à voter NON au référendum gaulliste de 1958. Cette option sera confirmée lors du congrès de Conakry qui s’est tenu du 15-18 Janvier 1959, où on évoquera à la fois la néccessité aussi bien, des indépendances politiques que le besoin de construire un syndicalisme révolutionnaire anticolonialiste. Il faut souligner que tous les partis voltaïques sauf le Mouvement pour la Libération Nationale (MLN) appelèrent à voter OUI au référendum gaulliste et contre l’indépendance.

C’est dans ce contexte général que les indépendances sont intervenues en 1960 et ce fut le tournant du néo-colonialisme. Ainsi les pouvoirs néo-coloniaux mis en place conscients de la force du mouvement syndical s’orientèrent vers des pouvoirs avec parti unique et centrale syndicale unique à l’exception de notre pays la Haute Volta. à l’époque. L’objectif recherché était de caporaliser les syndicats pour mieux opprimer les peuples et les travailleurs.

Quelques remarques conclusives en guise de pistes de réflexion.

A la fin de notre bref aperçu sur le sujet nous nous devons de souligner deux choses permettant au chrétien de pouvoir se déterminer par rapport à son adhésion ou non adhésion à un syndicat avec pour conséquences son implication ou manque d’implication dans toutes les luttes y afférant.
-Le syndicalisme dans sa définition étymologique a une éthique : c’est la défense de la justice, le droit, le bien-être des travailleurs. A cela nous souscrivons pleinement. Le syndicat, l’opposition, sont un contre pouvoir pour corriger le pouvoir au besoin. L’Eglise reste la conscience de l’état
Mais nous savons aussi qu’il ya un syndicat militantiste qui bien qu’étant un contre pouvoir cherche plutôt la récupération dudit pouvoir :le syndicalisme devient un tremplin, les travailleurs un moyen pour assouvir des fins inavouées . Nous ne nous reconnaissons pas de ce type de syndicalisme. Qu’ils se constituent en parti politique d’opposition avec l’éthique politique qui sied à l’opposition si les tenants veulent conquérir le pouvoir.
Il est bien vrai que le chrétien s’attend plus Dieu qu’aux hommes pour la défense de ces droits mais étant dépositaires d’un éthique divine peut –il se taire sous le prétexte d’une soit disante neutralité quand les droits fondamentaux des travailleurs sont bafoués ? Ceux qui luttent sont ceux qui vivent et qui préparent la génération à venir. Il nous faut avoir une neutralité « éclairée ». Être soumis aux autorités ne veut pas dire renoncer au combat pour la justice et la vérité. Elie a été taxé de « celui qui trouble Israël. »
Les moyens de lutte peuvent varier (ex : la non violence de Martin Luther King), mais la lutte doit continuer sous le regard de Dieu.

Dr Elie KOUMBEM

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